Chrétiens et laïcs

Nous avons à vivre tous les jours une présence dans notre temps

Les laïcs sont immergés dans ce monde de mutation technique, juridique, sociale, culturelle, ce monde de peur, d’incroyance, de crispation identitaire ou d’indifférence. Nous sommes entourés d’incroyants ou des mal-croyants, jusque dans nos familles, avec l’expérience de l’incroyance d’un enfant, du rejet de l’Eglise. Nous ne sommes pas dans des situations extraordinaires, mais dans le berceau concret de la famille, concernant la santé, la sexualité, le travail et la vie sociale, économique et politique.

Comme laïcs, nous vivons une solidarité avec le monde

Il demeure une grande différence entre un prêtre-ouvrier ou un religieux qui choisissent le monde du travail, le monde de la pauvreté, et un laïc qui est par son état confrontés à ces situations. En cas de problème de travail, de conjoint qui s’en va, l’argent qui manque pour manger, se loger, soigner ses enfants, il est de sa responsabilité directe et personnelle. Le laïc sait ce que vivent les autres comme lui.

Ceux qui vivent la difficulté de la vie conjugale, les tentations, les séparations, la souffrance du divorce, ce sont des laïcs ! Là aussi il y a des choses à dire et à vivre qui ne pourront être dites et vécues que par des laïcs. Il en va de même pour la relation parents et enfants. Cette réalité est au cœur de la prédication confiée aux laïcs, par leur engagement.

De tout cela il résulte paradoxalement que l’engagement d’un laïc peut être souvent ressenti comme plus interpellant que celui d’un religieux, parce que ce n’est pas « son job ».

Cette chance que représentent les laïcs pour l’Ordre, c’est aussi une chance pour l’Eglise entière. L’Ordre dominicain avec ses trois branches (frères, sœurs et laïcs) peut illustrer ainsi ce qu’est le peuple de Dieu et donner corps à la théologie de Lumen Gentium.

Trois piliers au service de la prédication

La prière

Comme pour toute vie chrétienne, la prière est indispensable à la vie spirituelle afin que l’ensemble de la personne dans toute sa vie, soit témoignage de la vie de l’esprit du Christ.

La règle des fraternités laïques dominicaines (28 janvier 1987) souligne certains aspects de la vie spirituelle des laïcs dominicaines. L’écoute de la parole de Dieu et la lecture des écritures en particulier du Nouveau Testament doivent être régulières, participant la fois de la vie spirituelle et de l’étude.

Il est conseillé une participation active à la célébration liturgique à l’eucharistie si possible de manière quotidienne ainsi qu’un recours fréquent au sacrement de réconciliation.

La prière de la liturgique des Heures en union avec toute la famille dominicaine tentera d’être régulière et sera également pratiquée dans la vie fraternelle. Le réseau privé et la méditation sont une composante de la vie spirituelle dominicaine et ont été l’objet de nombreuses recherches, témoignages et conseils de la part de différents dominicains au cours des siècles.

Comme le rappelle la révision de la règle des fraternités dominicaines, la prière du rosaire, par laquelle l’esprit s’élève jusqu’à la contemplation intime des mystères du Christ par l’intermédiaire de la bienheureuse Vierge Marie, est une dévotion traditionnelle de l’Ordre ; sa récitation quotidienne par les frères et sœurs des fraternités laïques de Saint-Dominique est donc recommandée (9 mars 2019, Fr Bruno Cadore).  La dévotion de la Vierge Marie selon la tradition de l’ordre nous a été transmise par notre père saint Dominique et par de nombreux membres de l’Ordre.

L’étude

L’engagement dominicain repose sur le triptyque prière-étude-vie fraternelle, au service du témoignage de la miséricorde de celui que le Christ Jésus appelle Père. Dans la mesure où, dès son entrée dans l’Ordre, un dominicain s’engage à chercher la vérité, l’étude est un moyen d’honorer cet engagement.  L’étude « pour tous les laïcs dominicains », y compris ceux qui sont isolés, est inscrite dans la règle des Fraternités laïques dominicaines (art 10). Rappelons-nous aussi que  l’accès est mis sur l’étude dès les origines de l’Ordre.

« Dominique « liait intimement l’étude au ministère du salut et il envoya ses frères dans des universités, afin qu’ils puissent se mettre au service de l’Eglise en annonçant cette Parole pour qu’elle soit connue et comprise » (RSG §1)

L’étude est une démarche active, volontaire et personnelle, par laquelle chacun forme sa raison et son intelligence en vue de la contemplation de Dieu et de la transmission de celle-ci. Selon le charisme de l’Ordre, l’étude doit nourrir la contemplation, en vue de la prédication, comme le rappelle l’adage de Saint Thomas d’Aquin : « Contemplari et contemplata aliis tradere ».

L’étude vise à décrire l’acte par lequel on augmente ses connaissances, on approche de nouvelles méthodes de pensée, on vérifie ce que l’on croit et on en rappelle les arguments ;

« Le patrimoine de l’Ordre comporte une riche tradition selon laquelle l’étude est contemplative, synthétique, enracinée dans le réel, et repose sur la raison, informée par la foi. Elle pose sans cesse la question : « Est-ce vrai ? », « Pourquoi est-ce vrai ? » et « Comment est-ce vrai ? » (RSG)

Concernant l’étude, c’est une priorité pour un membre de l’Ordre et elle « ne se termine pas à la fin de la formation initiale d’un frère dominicain. La recherche de la vérité et l’amour pour l’étude animeront la vie d’un frère tout au long de sa vie. » (RSG §8)

L’étude relève de la responsabilité personnelle de chaque laïc :

    • Chaque laïc peut et doit être dans une dynamique de formation, à son rythme, selon ses modalités et ses centres d’intérêt ;
    • Avec la simplicité de l’humilité et la bienveillance de la fraternité, chaque laïc doit discerner le type d’étude dans lequel il chemine, et avoir sa propre façon de vivre l’étude dominicaine. On ne doit pas laisser penser que l’étude dominicaine est uniquement destinée aux « intellectuels ». Chacun a une histoire différente et un vécu ou une relation à l’étude diverses. Il faut en tenir compte ;
    • Le rôle dans ce cheminement du responsable de fraternité et de l’assistant religieux sera de se donner les moyens d’amener chaque Laïc dominicain à avoir sa propre façon de vivre l’étude dominicaine, à encourager et aider ceux qui en ont besoin ;
    • Proposer (ne pas imposer) un partage respectueux des résultats de l’étude de chacun.  Si un partage est souhaité, sa réalisation se fera de la manière la plus adaptée à la vie de la fraternité. « Notre étude ne peut être dissociée de la vie fraternelle que nous partageons, de prière que nous élevons dans nos célébrations liturgiques ou dans le silence de nos cœurs, de la mission de prédication et de l’attention à ceux qui nous sont confiés. » (RSG)
La vie fraternelle

« Dans les premiers siècles, on désignait par « fraternité » les assemblées de l’Eglise, où se tissent ensemble le partage de la foi et le devenir humain de chacun. La fraternité était aussi le creuset du témoignage et de la mission. »

Une fraternité laïque dominicaine peut compter de cinq à quinze femmes et hommes, mariés ou célibataires qui se retrouvent pour partager la spiritualité dominicaine dans la prière, l’étude, la vie fraternelle et la mission. Elle est animée par un responsable laïc assisté d’un conseil de deux ou trois personnes et d’un assistant religieux, souvent un frère ou une sœur de l’ordre dominicain.

Les fraternités laïques dominicaines jouissent d’une grande autonomie, se gouvernant eux-mêmes selon le principe de subsidiarité, ce qui leur confère de lourdes responsabilités. Autonomie ne signifiant pas indépendance, une fraternité doit respecter la règle mondiale commune à tous les laïcs, et le directoire pratique édicté par la province.

Ainsi, il lui incombe d’élire son responsable et de choisir son assistant religieux (s’agissant du lien avec l’Ordre, ce choix doit être ratifié par le prieur du couvent de rattachement). Elle prend aussi en charge l’accueil des nouveaux et la réponse à apporter aux demandes d’engagement de ses membres. Elle est responsable de leur formation et de tout ce qui concourt à la mission de l’Ordre. De même, elle détermine librement son calendrier, ses sujets d’étude, etc. On comprend alors aisément que la fraternité est la cellule de base et le creuset du laïcat dominicain.

Le choix de vie spirituelle des laïcs en fraternité suppose l’assiduité de chacun de ses membres aux réunions, généralement une fois par mois. Ils se retrouvent pour prier, étudier, partager dans la convivialité, s’informer les uns les autres sur leur apostolat et sur les grands problèmes actuels et aussi échanger sur les questions que des croyants se posent aujourd’hui. La fraternité est considérée comme le lieu où se nourrit et s’approfondit le témoignage à partir duquel s’enracine l’apostolat souvent très varié de ses membres.

Dans l'Ordre des dominicains

Les laïcs dominicains sont des baptisés, célibataires ou mariés, inspirés par l’esprit de saint Dominique et portés par le souffle de Vatican II.

Ils constituent une branche de la famille dominicaine. Regroupés en fraternités, ils cherchent à témoigner de l’Évangile et se sentent appelés à le faire en suivant l’exemple de Dominique, un homme évangélique qui était passionné de Dieu dans l’ardeur de la prière, brûlait de miséricorde pour le salut de tous, et a consacré sa vie au service de la Parole de Dieu.

Pour répondre à cet appel, les laïcs dominicains tendent vers une vie qui comporte inséparablement la prière liturgique prolongée en prière personnelle, l’étude de la Bible, de la tradition et des questions contemporaines, et un engagement apostolique dans l’Église ou aux frontières de celle-ci. Une vie fraternelle de style simple et démocratique est de nature à leur apporter le partage et le soutien dont ils ont besoin.

L’esprit dominicain leur paraît associer le goût exigeant de la vérité et l’ouverture au dialogue, la fidélité à l’Église et la liberté dans l’Esprit-Saint, le travail intellectuel et l’amitié pour les plus pauvres, la vénération pour la Vierge Marie et une profonde joie.

Enfin, confrontés aux défis de toutes natures que présente le monde contemporain, ils trouvent une grande modernité dans les propositions audacieuses de Dominique mises en œuvre au sein de l’Ordre des Prêcheurs. Ils voudraient que cet esprit baigne leur vie en plein monde : famille, profession, engagements sociaux et apostoliques, vie culturelle et loisirs…

C’est conscients de leurs faiblesses et pour soutenir leur fidélité qu’ils ont mûrement choisi de s’engager dans la Famille dominicaine, comme membres actifs d’une Fraternité.

Saint Dominique

Né au cœur du Moyen Âge, Dominique de Guzmán est une figure incroyablement moderne.

1170 :  Dominique de Guzmán nait dans une famille riche, à Caleruega en Castille, Espagne. Destiné à la prêtrise par ses parents, il étudie la théologie à l’université. Esprit attentif il prend goût à l’étude. Esprit curieux il se sent puissamment porté vers les autres. Esprit entreprenant, il est prêt à engager sa vie pour une grande cause.

1186 : il étudie la théologie à Palencia et met son tempérament radical au service des convictions fortes qui l’habitent. Ainsi, jeune étudiant, fait-il le choix de la pauvreté évangélique : bouleversé par le sort des pauvres lors d’une famine, il vendra pour leur venir en aide le trésor que constitue sa bibliothèque.

1196 : devenu chanoine à Osma (Castille) puis élu sous-prieur, il est un homme de prière : « Où qu’il se trouvât, il parlait sans cesse de Dieu ou avec Dieu ».

1203 : Dominique a 32 ans quand commence la grande aventure de sa vie : il accompagne son évêque Diègue lors d’une mission diplomatique qui lui fait traverser l’Europe où il découvre des hommes qui n’ont jamais été évangélisés. Il gardera toute sa vie le vif désir d’aller vers eux : « Que vont devenir les pécheurs ? ». Il découvre aussi les difficultés et les détresses des populations et croise en chemin des hérétiques, les ‘cathares’.

1206 : Il décide alors de s’implanter à Fanjeaux, près de Carcassonne, au cœur du pays cathare afin d’y ramener les populations à la foi de l’Eglise dans le respect de l’Évangile, dans la pauvreté, en prêchant par la parole et par l’exemple. Il se consacre totalement à cette cause et parcourt inlassablement le pays à pied. Il rassemble quelques personnes dont des femmes converties qu’il installe en communauté de moniales à Prouilhe, chargées de  soutenir sa mission de prédication par la prière.

Homme d’ouverture, de dialogue et de conviction, Dominique exclut la violence préfère user des armes spirituelles : «il ne veut pas la mort du pécheur mais qu’il se convertisse et qu’il vive. » Il s’efforce de convaincre par la parole et cela explique l’importance qu’il attache à l’étude et justifie son envoi des frères dans les plus grands centres universitaires de son temps : Paris et Bologne.

1215 : Dominique a 45 ans quand l’évêque de Toulouse, approuve, institue et dote la première communauté des Frères Prêcheurs basée sur la pauvreté, la prière, l’étude et la prédication. Ils choisissent la règle de Saint-Augustin. Il prend le risque de disperser ses frères contre l’avis général, les envoyant deux par deux à travers l’Europe pour étudier et annoncer la bonne nouvelle de l’Évangile. Des communautés sont fondées à Paris, Bologne, Rome et Madrid.

1220 : au 1er chapitre général à Bologne : les premières Constitutions sont élaborées.

1221 : au 2ème chapitre général à Bologne, l’Ordre compte cinq provinces et cinquante couvents. C’est le premier Ordre missionnaire dans l’histoire de l’Eglise. Dominique meurt d’épuisement à 51 ans. Il est enterré dans le couvent de Bologne

Un ouvrage collectif de laïcs dominicains à l’occasion du 8ème centenaire de l’Ordre

Un livre pour comprendre la démarche de ces hommes et femmes engagés

Ce livre d’entretiens entre des laïcs dominicains, hommes et femmes engagés au sein de la cité (associations, culture, famille, politique, économie), et des personnes de la société civile est un dialogue à plusieurs voix sur des thèmes sociétaux ou spirituels contemporains majeurs.

Situés au cœur du monde, aux frontières, aux périphéries avec un réel souci de comprendre et de dialoguer avec le monde tel qu’il est pour l’aimer en vérité, les laïcs dominicains se risquent à l’exercice de la parole. Ce thème de la parole, cher aux dominicains, traverse le livre : parole écoutée, entendue, partagée, proclamée, muselée, parole des hommes et Parole de Dieu à annoncer en tout temps et tout lieu.

Ainsi, les laïcs dominicains donnent-ils à voir leur manière très particulière de participer à la mission de prédication de l’ordre des frères prêcheurs, leur manière propre de vivre leur baptême dans le monde d’aujourd’hui.

Michel Allibert, Arnaud Arcadia, Guy Aurenche, Estelle Courjaret, Jacqueline Cuche, Mgr Gérard Defois, Isabelle Donegani, Fabrice Espinasse, Elena Lasida, Philippe Le Vallois, Mireille Martin, Catherine Masson, Jean-Marie Petitclerc, Jean-Philippe Pierron, Michel Quesnel, Anne Soupa, Patrick Vincienne, Céline Weymann, Dominique Wolton et Jacques Tyrol, journaliste-pigiste.

Parole et Silence – 2016 – 238 pages.

Des laïcs chez les précheurs

Un livre de Catherine Masson
Edition du CERF, Collection Histoire.
304 pages - juin 2016

Tout le monde connaît Catherine de Sienne, mais qui sait qu’elle était une laïque dominicaine? Qui sont ces fameux « laïcs », hommes et femmes qui, tout au long de l’histoire de l’ordre des prêcheurs, ont collaboré au projet apostolique de saint Dominique ?
De leur présence aux côtés de saint Dominique, dès 1207, à leurs transformations au moment où l’Église est entrée dans la modernité, notamment au moment de Vatican II, en passant par leur reconnaissance en tant que tiers-ordre par le pape, en 1405, c’est la vie de ces laïcs dominicains que nous raconte, siècle après siècle, Catherine Masson. Sans rien oublier, de relations faites d’alliance et de méfiance avec Rome, de leur persévérance au milieu des troubles politiques et religieux, de leurs apports à l’évangélisation, souvent discrets
mais efficaces, l’historienne nous dessine un portrait total, vivant, de ces missionnaires courageux au service de
la Parole de Dieu.
Une contribution importante, érudite, pleine d’entrain à l’histoire de la chrétiens.

http://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/17713/des-laics-chez-les-precheurs
dans les manières de vivre de l'Eglise et dans l'organisation des sociétés et des villes. Des groupes de laïcs invitaient l'Eglise à bouger

La laïcat vu par le maître de l'ordre

Les laïcs dominicains, « envoyés pour prêcher l'Evangile » sur le mode de la fraternité, permettent à l'Ordre de remplir plus pleinement sa mission. La richesse de la prédication des laïcs s'enracine en effet dans leur expérience de la vie familiale et professionnelle, de la parentalité et de l’immersion dans des milieux qui ne partagent pas la même foi et, souvent, n'en ont pas le désir.
Bruno Cadoré - Maître de l'ordre des précheurs