Prière, Étude et Prédication

Le frère Timothy Radcliffe, ancien maître de l’Ordre, nous rappelle : « Qu’au cœur de la spiritualité dominicaine il y a une joie profonde, qui ne vient pas seulement de Dieu mais qui est aussi en chacun d’entre nous et chez les gens que nous sommes appelés à rencontrer […] L’étude n’est pas considérée comme une discipline intellectuelle austère, dénuée de chaleur humaine […] L’étude transforme notre humanité. Elle ouvre nos esprits et nos cœurs vers autrui.1 »

La joie de la spiritualité dominicaine

Jourdain de Saxe, 1er successeur de saint Dominique, se plaisait à dire que la phrase de l’Évangile « Entre dans la joie de ton Seigneur » (Mt 25, 23) était un appel à devenir dominicain. Les fondations de cette joie sont la prière, l’étude et la fraternité, soit les trois piliers du programme de formation initiale du laïc dominicain.

Le magistère de l’Église

La Constitution sur l’Église Lumen Gentium (§ 10, 1964) et le décret sur l’apostolat des laïcs (§ 3, 1965) du concile Vatican II nous indiquent que parmi les disciples du Christ, les hommes et les femmes qui vivent dans le monde participent par leur baptême et leur confirmation à la mission royale, sacerdotale et prophétique de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ils ont vocation de répandre au cœur de l’humanité la présence du Christ.

Le pape François souligne que : «  Les laïcs se trouvent en première ligne de la vie de l’Église. Nous avons besoin de votre témoignage sur la vérité de l’Évangile et de votre exemple lorsque vous exprimez votre foi […] Demandons que les fidèles laïcs accomplissent la mission spécifique qu’ils ont reçue au baptême en mettant leur créativité au service des défis du monde d’aujourd’hui. » (8 mai 2018)

La voie dominicaine

Saint Dominique a voulu, en prêchant, imiter le Christ prédicateur de l’Évangile. Comme l’expliquent les frères Gianni Fosta et Augustin Laffay : « Le message dominicain, c’est l’Évangile. Il n’appartient pas à l’Ordre des Prêcheurs mais lui est confié par l’Église comme une mission particulière […] Les dominicains ne sont pas seuls pour transmettre la bonne nouvelle du salut, mais ils font partie de ceux qui sont exclusivement consacrés à cette tâche.2 »

Saint Dominique ne parlait que de Dieu ou avec Dieu (de Deo vel cum Deo). C’est l’idéal du prêcheur : prier en parlant avec Dieu et prêcher en parlant de Dieu. Ce ne sont pas nos pauvres mots qui font la prédication, mais la grâce de Dieu. Cette prédication doit s’enraciner dans l’étude par un travail lent et douloureux de l’intelligence qui cherche.

L’Étude

Dominique a voulu que ses frères consacrent du temps à l’étude comme préparation à l’apostolat.

Pour prêcher, il faut évidemment avoir le bagage intellectuel nécessaire. Dominique va étudier et faire étudier ses frères au point que cette exigence sera inscrite dans les premières constitutions de l’Ordre3.

« Oralement ou par lettre, frère Dominique exhortait les frères à étudier sans relâche le Nouveau et l’Ancien Testament […] Le bienheureux portait toujours sur lui l’Évangile de Matthieu et les Épitres de saint Paul, et les étudiait beaucoup jusqu’à les savoir presque par cœur4. »

L’étude, qui a une dimension spirituelle et pastorale, exige discipline et ascèse dominicaine.

La devise de Saint Thomas d’Aquin5 contemplari et contemplata aliis tradere nous aide à découvrir un élan pastoral dans l’étude contemplative de la Vérité, du fait de l’exigence de transmettre aux autres le fruit de notre propre contemplation.

Par l’étude, « il faut donc évangéliser l’intelligence pour qu’elle devienne elle-même évangélisatrice », selon une belle formule de sœur Dominique Racinet.

Prière, étude et mission sont ainsi indissociablement liées.

Les Livres et le Livre

L’étude ne peut se faire sans livres. Mais lorsqu’on demandait à Dominique ce qu’il étudiait le plus, il répondait qu’il « étudiait davantage dans le livre de la charité que dans aucun autre (in libro caritatis plus quam in alio).6 » Par livre de la charité,7 Dominique faisait référence au message de vie qu’est l’Amour de Dieu révélé sur la Croix. Dans une veine similaire, Catherine de Sienne8 parle dans une de ses lettres de l’événement de la mort du Christ comme du livre de vie.

Dès lors, comment invoquer le nom du Seigneur si on n’a pas mis sa foi en lui ? Comment mettre sa foi en lui si on ne l’a pas entendu ? Comment entendre si personne ne proclame ? Comment proclamer sans être envoyé ? 9 (Rm 10, 14-18)

Les dons de la grâce

Ce que nous devons comprendre, c’est que si nous répondons à l’appel de Dieu, la grâce reçue offre, si elle est accueillie et si ses exigences sont acceptées, par la force de l’Esprit du fruit en abondance.

Mais restons humbles. Car, comme le dit saint Paul :« J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil. » (1 Co 13, 1.4)

Chacun d’entre nous doit ainsi accueillir l’invitation du Seigneur à servir, et parfois cet appel, on le reçoit là où on ne s’y attend pas.

En effet, il y a une diversité de dons, mais c’est le même Esprit. Il existe une diversité de ministères, mais c’est le même Seigneur qui opère en nous. A chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune en Eglise et au sein de l’Ordre (1 Co 12, 4-13).

Duc in altum !

Nous y sommes invités : « Proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, […] encourage, toujours avec patience et souci d’instruire […] Mais toi, en toute chose garde la mesure, supporte la souffrance, fais ton travail d’évangélisateur, accomplis jusqu’au bout ton ministère. » ( 2 Tm 4, 2-5)

Nous pouvons craindre de parler du Seigneur et être balbutiants. Pourtant Jésus nous envoie. Rassurons-nous en mettant l’accent sur la grâce de Dieu : « Quand tu parles en public, détends-toi, respire à fond, et laisse Dieu parler à travers toi ! 10 »

N’ayons pas peur, le Seigneur nous assiste. Comme il a rempli de force l’apôtre pour que, par lui, « la proclamation de l’Évangile s’accomplisse jusqu’au bout et que toutes les nations l’entendent. » (2 Tm 4, 2)

Prions, bénissons le Seigneur et ne cessons jamais, pour en témoigner, d’apprendre à mieux dire notre foi. Duc in altum !

Gilles CAPPE, conseil provincial de la formation, province de Toulouse

1 Timothy Radcliffe en préface de Paul Murray, Le vin nouveau de la spiritualité dominicaine, Salvator, 2017, p.11-12

2 Gianni Festa et Augustin Laffay, Saint Dominique et sa mission, Cerf, 2021, p. 129.

3 Dominique Racinet, Saint Dominique, Un visage de miséricorde, Ed. Saint-Augustin, 2015, p.101-102.

4 Dép. Bologne, n° 29, in VA, p. 55.

5 Marie de la Trinité, Frère Dominique, Cerf, 2006, Introduction du frère Guy-Thomas Bedouelle, p.24.

6 Paul Murray in Le vin nouveau de la spiritualité dominicaine, Salvator, 2017, p. 133-134.

7 Antienne dominicaine, d’après vêpres du lundi saint : C’est en contemplant la Croix que Dominique, notre père, découvrit la beauté du Christ et se trouva contraint de l’annoncer aux hommes.

8 Vitae Fratrum, II, 25, p. 39.

9 Homélie d’Eric de Clermont-Tonnerre, en la fête de saint André, Strasbourg, 30 novembre 2019.

10 D’après une anecdote citée par Paul Murray in Le vin nouveau de la spiritualité dominicaine, Salvator, 2017, p. 39.

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