J’ai souhaité participer à la formation proposée par notre responsable régionale : nouvellement élue responsable de Fraternité, j’ai des interrogations concernant l’accompagnement des nouveaux arrivants. Je n’avais plus qu’une vague idée de la formation qui est proposée aux regardants. Vous allez comprendre pourquoi : je me suis engagée dans le laïcat dominicain en 2001. J’ai des souvenirs un peu flous de mon engagement temporaire (1996 ?) car je n’ai pas retrouvé trace de ma première lettre. Quant à celle concernant mon engagement définitif, elle ne dit pas grand chose de mon désir de suivre Saint Dominique.
Lorsque j’ai écouté les paroles des personnes présentes à la formation, et en réfléchissant à l’aide du document du frère Jean-Étienne Long, j’ai éprouvé le besoin de retrouver le sens de ce chemin dominicain, de réécrire ma lettre en quelque sorte. « Toujours, dans notre engagement, nous devrons revenir à ce regard et à cette parole qui nous lève et nous envoie ».
Au départ, il y a la rencontre avec les frères de la Sainte Baume et la découverte de « La Parole vivante ». J’étais souvent amenée à parler de ma Foi avec les personnes athées de mon entourage (amis ou relations professionnelles) mais cela n’allait pas très loin car il me manquait de connaître Dieu. Je me souviens d’avoir eu soif d’apprendre. Alors j’invitais le frère Didier Vernay à dîner avec quelques amis. C’était un peu « amène tes questions, j’amène un dominicain ».
Avec lui, j’ai découvert la « mission de prédication ».
Le frère Didier Vernay a donc constitué un groupe fraternel à la Sainte Baume. Puis il a dû s’en aller. Nous avons connu alors des difficultés pour être accompagnés et quelques personnes n’ont pas renouvelé leur engagement. Peu importe les raisons de cette instabilité, en 2001, nous sommes trois à nous engager définitivement et cela suffit pour ériger une Fraternité.
Mon attachement à la vie fraternelle et à l’Esprit de l’Ordre m’incitent à poursuivre ce chemin commencé avec la famille dominicaine dans la confiance. D’autant plus que le modèle familial a imprégné ma façon d’être, comme si l’acte de s’engager était une conduite venue du fond du cœur. « Toi, tu es tombée dans la marmite quand tu étais petite » me disait mon mari. Cela me faisait sourire mais il n’avait pas tort si l’on pense à l’eau de notre baptême. Cette manière de vivre qui se nourrit de la Foi, pour moi, est une grâce de notre baptême avant d’être le résultat d’une éducation. Plongés dans l’Amour, nous sommes faits pour annoncer le Royaume autour de nous.
« S’engager a du sens parce que je deviens acteur dans un groupe… »
« Je choisis une orientation, une modalité pour unifier ma vie. »
« N’avoir aucun engagement, c’est prendre le risque d’une dispersion, d’une passivité… »
Alors oui, mille fois oui, je m’engage parce que c’est le seul chemin que je connaisse pour me lier aux autres. Le seul chemin pour rester fidèle. Dans le cas contraire, j’aurais vite fait de devenir le mauvais serviteur de la parabole des talents1.
La question est : qu’est-ce que j’apporte comme laïc à l’OP ?
Voilà une question que je ne me suis jamais posée, je l’avoue. Deux mandats de responsable de la Fraternité de la Sainte Baume, un long mandat de trésorière de la Région Sud-Est. Une vie en paroisse dans tous les endroits où j’ai vécu. Et finalement, « j’avais aussi mes Cumans ». C’était mes petits élèves « à besoins éducatifs particuliers » dont j’ai accompagné la scolarité pendant vingt ans. Me voilà en train de vérifier si, pendant tout ce temps, j’ai coché quelques-unes des cases contenues dans le texte du frère Jean-Étienne tel le jeune homme riche dans l’Evangile de Marc.
Certes, j’ai donné du mieux que j’ai pu, avec mes limites, en traversant des moments de joie, de peine, de doute, des moments où la vie fraternelle était lourde. Mais j’ai surtout beaucoup reçu. Le Seigneur Jésus, la Vierge Marie, saint Dominique, mes frères et sœurs de l’Ordre, se sont engagés avec moi ce 6 janvier 2001. Peu à peu, ce qui était rituel ou obéissance à la règle (Prière des Heures ou prière du Rosaire) s’est installé vraiment dans mon cœur. « Tu fais ta demeure en nous Seigneur ».
Mon arrivée dans la Fraternité Saint-Dominique de Grenoble correspond à un mouvement d’abandon et de confiance totale. Là encore je reçois beaucoup en vivant pleinement « l’esprit de la fraternité », la joie de « l’esprit d’étude ».
C’est pourquoi Frères et Sœurs, je demande la Miséricorde de Dieu et la vôtre pour continuer à vivre selon la Règle des laïcs de saint Dominique pendant toute ma vie.

Agnès Riti, fraternité Saint-Dominique de Grenoble
1Mt 25 (24-30)



