J’ai prononcé mon engagement définitif le 6 juin dernier, lors de la messe dominicale à Ambert, au couvent Saint-Dominique. Ce moment fut comme une halte sur mon chemin, un moment au contact des sœurs et frères des deux fraternités présentes ce jour-là, venus d’Auvergne ou de Rhône-Alpes, des sœurs dominicaines, de la responsable régionale des fraternités, pour me fortifier et me donner de l’élan par leur prière.

Cela commence par une promenade du dimanche !

Pendant de longues années, j’ai laissé bien peu de temps à ma vie intérieure, m’accrochant tout de même aux branches de ma culture familiale ou de celle donnée par mon éducation (années « collège » dans un cours Saint Thomas d’Aquin !). Les dernières années avant la retraite, j’avais institué un petit rite : écouter sur le site « Prier dans la Ville » -découvert par hasard- les textes de la messe du dimanche et leur commentaire par un frère dominicain. Une promenade dominicale ouverte à des paysages nouveaux et qu’il me semblait pourtant reconnaître, une promenade dans la joie. A la fois parce que ma raison y trouvait de quoi se nourrir face à l’absurdité de certains constats sur la vie du monde, et aussi parce que je sentais que mon être trouvait là de quoi vivre.

La promenade s’est transformée en randonnée

Après une vie professionnelle intense et aussi marquée par de fortes épreuves, j’ai eu enfin le temps de réfléchir en profondeur à ce qui compte pour moi. Au gré des heures de marche dans la campagne autour de chez moi, j’ai pu faire un retour sur ma vie. Redécouvrir la merveille des moments de fraternité, et l’appel du Christ toujours là. Je me suis alors engagée dans le service évangélique des malades, et c’est à cette occasion que j’ai rencontré Marie-Dominique, laïque dominicaine. Elle a pu répondre à mes premières questions. Je suis allée voir la fraternité dont elle fait partie à Clermont-Ferrand, et peu à peu je suis devenue une randonneuse… Avec l’élan des moments d’étude pratiquée en fraternité, j’arpente les écrits bibliques dans une sorte d’allégresse, pour essayer de témoigner. Je chemine avec le groupe, dans la profondeur, l’authenticité que permet le temps accordé chaque mois à vivre ensemble une journée, à partager l’étude, mais aussi le repas et la prière. Cela m’a appris aussi la prière quotidienne, l’assiduité aux sacrements… Un chemin aux multiples sources réconfortantes.

Un pèlerinage ?

Pendant trois ans, j’ai pu ainsi découvrir ce qu’est une fraternité, sans gommer les moments de découragement : la diversité des expériences, des situations, des cultures est parfois difficile à vivre. Au terme de cette période, la question s’est posée d’en rester là ou de poursuivre et éventuellement de m’engager définitivement dans cette voie. En regardant vivre les frères dominicains qui accueillent notre groupe de laïcs à Clermont-Ferrand et en percevant cet esprit qui les unit, en approfondissant, intellectuellement et par l’expérience, un mot-clef de la famille dominicaine, le mot miséricorde, si cher à saint Dominique, j’ai pu faire le pas. Miséricorde mutuelle, miséricorde de Dieu…

La randonnée se transforme peu à peu : suivre le Christ, comme saint Dominique, au sein de la longue cohorte de tous ceux qui l’accompagnent… « Toute marche commence en randonnée mais se mue peu à peu en pèlerinage au fil des jours, par le dépouillement qu’elle implique, la méditation incessante, la confrontation à un monde radicalement autre qui n’est plus sous l’égide de la temporalité ordinaire« 1. Me voici en pèlerinage !

Paule Dupin, fraternité Catherine Jarrige de Clermont-Ferrand

1David Le Breton, Marcher la vie, Paris, Metailié, 2020, p. 74

Illustration de couverture et en fin d’article : Bernadette Lopez, Ascension (année B), www.evangile-et-peinture.org