La mission des laïcs dans l’Ordre

Saint Thomas d’Aquin

Rapport entre mission et identité

Dans la dynamique de réflexion à laquelle vous m’invitez, le choix est clair : il s’agit non pas de parler de l’ « identité des laïcs » dans l’Ordre – sujet presque inépuisable depuis de longues années – mais bien de leur mission. C’est d’ailleurs comme une manière de définir l’identité, puisque l’Ordre fut « dès l’origine spécifiquement institué pour la prédication et le salut des âmes » (Prologue des Constitutions primitives). Parler de la mission des laïcs de l’Ordre, c’est donc parler de la mission de l’Ordre tout entier, les frères, les moniales, les laïcs, les sœurs, les instituts séculiers, les fraternités sacerdotales.

On peut d’emblée remarquer que ce rapport entre la mission de l’Ordre et son identité est analogue à celui que, dans sa première encyclique Ecclesiam suam, Paul VI établissait à propos de « l’Eglise qui, écrivait-il, se fait en se faisant conversation et dialogue ».

C’est dans cette perspective que je me propose de réfléchir à la mission de l’Ordre, après avoir rappelé la manière dont la Constitution fondamentale la définit pour les frères :

« En notre qualité de coopérateurs de l’Ordre des évêques, de par l’ordination sacerdotale, nous avons pour office propre la charge prophétique dont la mission est d’annoncer partout l’Evangile de Jésus-Christ par la parole et par l’exemple, en tenant compte de la situation des hommes, des temps et des lieux, et dont le but est de faire naître la foi, ou de lui permettre de pénétrer plus profondément la vie des hommes en vue de l’édification du Corps du Christ, que les sacrements de la foi amènent à sa perfection ».

LCO 1, § V

Je me propose, à partir de cette définition, de tenter de formuler l’inspiration de la mission de l’Ordre, puis d’envisager cette mission en explicitant, à partir de textes de notre Ordre, sa dynamique plutôt que son « contenu », pour enfin retenir quelques urgences, pour ce que je nommerai la mission de la fraternité.

Une « inspiration »

La dialogue comme un défi

Quels sont les points communs entre ces deux évocations, de la Constitution fondamentale et de l’encyclique ?

La perspective de la mission désigne le dialogue comme un défi, non pas un objectif à mener à bien comme on doit mener, interminablement, un dialogue multilatéral pour se mettre d’accord sur la manière dont on pourrait envisager un accord sur le désarmement, mais comme intrinsèquement lié au devenir essentiel de l’Eglise et de l’Ordre.

Pour l’Eglise, devenir c’est devenir ce qu’elle est, à savoir dialogue.
Pour l’Ordre, c’est devenir voué à l’Eglise « d’une façon nouvelle » qui nous députe « totalement à l’évangélisation de la parole de Dieu en son intégrité » (LCO &, § III) : la mission de l’Ordre comme une tâche d’évangélisation de la Parole de Dieu.

Il ne s’agit donc pas seulement de « proclamer » la Parole de Dieu, ni de prétendre posséder la Parole de Dieu et de la transmettre. Il s’agit plutôt, dans le dialogue avec nos contemporains, de faire en sorte que, la Parole de Dieu, et non pas notre discours, soit entendue dans le monde comme une bonne nouvelle pour le temps d’aujourd’hui.

D’une certaine manière, telle est l’hypothèse que je voudrais démontrer : la mission de l’Ordre est d’être voué à servir dans et pour l’Eglise le dialogue apostolique, à cause de l’Eglise et à cause de Celui dont l’Eglise est le corps, et ce pour « évangéliser la Parole de Dieu », c’est-à-dire manifester la Parole de Dieu comme bonne nouvelle pour l’humanité.

Si telle est la mission de l’Ordre, c’est donc bien la mission des laïcs de l’Ordre, comme pour tous les autres membres de cet Ordre. Et si je dis ici « mission », c’est pour bien souligner qu’à partir du moment où un frère, une sœur, un laïc, demande à l’Ordre la miséricorde de l’accueillir et de l’incorporer, c’est pour que l’Ordre accueille cette générosité pour l’Evangile qu’il ou elle éprouve par la grâce de Dieu, au point de vouloir en faire le point d’appui de l’engagement de sa vie à cause du Christ, et qu’en assumant cette générosité, il lui donne une mission spécifique, l’ordonnant à ce travail du dialogue.

Cela permet alors de préciser l’enjeu et le fondement de la spiritualité de l’Ordre, c’est-à-dire son « inspiration », dont j’identifie trois caractéristiques, plus une, fondamentale.